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Le romancier et ses personnages

Salutations.

Ce matin, je réfléchissais au lien d’amitié qui se tisse un jour ou l’autre entre le romancier et ses personnages. Certains diront que ça n’existe pas ou que mes paroles n’ont pas de sens. Alors, imaginez la scène suivante : vous rencontrez, par hasard, une personne dans la rue, au marché ou peu importe. Cette personne vous raconte une histoire. L’histoire vous plaît, vous appréciez sa personnalité et décidez de la revoir. Lors de votre seconde rencontre, cette personne (qui se nomme Jennifer), vous présente son meilleur ami, Julian.

Vous discutez un moment avec Julian et Jennifer. Ils sont charmants et une troisième rencontre s’impose d’elle-même. Vos rencontres hebdomadaires deviennent passionnantes et, en tant que romancier, vous vous abreuvez de leurs paroles.

Un jour, vos amis (Julian et Jennifer) vous racontent leur dernière histoire. Celle-ci, plus spectaculaire que les précédentes, vous fait frissonner. Ils vous expliquent qu’ils ont fait la rencontre d’un Être particulier, un prophète. Ce prophète laisse sa marque partout où il passe… Il se nomme Théobald. Avec leur consentement, vous commencez à écrire et ces écrits se transforment en roman.

L’histoire se poursuit et vos rencontres amicales avec vos nouveaux amis deviennent addictives. Vous ne pouvez plus vous passer d’eux. Le jour, vous les voyez presque marcher dans votre maison. La nuit, vous en rêvez.

Puis… Un grand malheur survient. Jennifer vous confie qu’elle est poursuivie par des hommes vêtus de noir. Ils sont un clan et se nomment les Cerbères du Silence. Vous montez alors sur vos grands chevaux et désirez la protéger. Elle est maintenant votre amie et votre relation dure depuis quelques mois. Elle est votre amie, en réalité, la meilleure amie que vous n’ayez jamais eue puisque l’équilibre parfait a été atteint. Vous l’écoutez raconter ses péripéties et elle vous regarde les écrire en silence. Elle vous accompagne, car à présent, elle habite chez vous. C’est normal! Vous ne pouvez plus vous passer l’un de l’autre.

L’histoire de vos amis Julian et Jennifer se termine pourtant de manière brusque et ils vous annoncent qu’ils vous quittent. Vous n’avez rien vu venir et vous faites tout ce qui est en votre pouvoir pour les garder près de vous. Vous y passez vos jours et vos nuits : vous devez trouver le moyen de les garder dans votre vie. C’est à ce moment qu’ils hésitent, vous délaissent et partent réfléchir dans leur coin. Un jour de pluie, lorsque vous n’espériez plus leur visite, ils frappent à votre porte. Vous ouvrez. Ce jour-là, ce qu’ils vous racontent pourrait remplir des milliers de pages tellement c’est géant.

Encore une fois, et avec leur consentement, vous écrivez, vous gribouillez. Vous oubliez de manger, de boire, de dormir. Leur histoire fusionne à la vôtre. Votre vie s’efface pour permettre à vos amis de vivre la leur. Vous écrivez jusqu’à ce que vos vrais amis, ceux qui vivent dans la « réalité », frappent à votre porte et vous demandent : « Où étais-tu passé? »

Mais, direz-vous, quel est le rapprochement à faire entre mon anecdote et le sujet abordé au départ : le romancier et ses personnages. J’y arrive.

Le romancier crée un lien avec ses personnages. Au bout d’un moment (qui dure en général plus d’une année), ce lien devient si puissant qu’il s’installe dans l’esprit du romancier au point que ce dernier finit par croire que ses personnages sont bel et bien réels. Le romancier voit ses personnages, il sent leur présence, il renifle leur odeur, il critique leurs habits.

Alors, les romanciers sont des fous?

Mais non, voyons! Ce truc bizarre se nomme tout simplement l’imagination. Napoléon Hill nomme cela : la vision créatrice. Oups! Je devrais dire, Napoléon Hill nommait cela la vision créatrice. Ouais… À bien y penser, les romanciers sont peut-être un peu fous.

Le romancier et ses personnages deviennent une sorte de famille recomposée. Ils fusionnent le temps d’un roman, parfois de plusieurs romans. Le romancier est un Être particulier : extravagant dans ses choix, compulsif dans ses émotions et privilégié dans sa capacité de voir les petites choses que les autres ne voient pas.

Le romancier et ses personnages s’aiment, se haïssent, se jugent, se trahissent. J’y pense… Oui, tout cela est possible puisque le romancier est un peu fou!