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Écrire un roman…

Écrire un roman…

Écrire un roman : folie passagère ou passion enveloppante?

Il y a déjà quelques années, j’ai eu l’idée folle d’écrire un roman pour me libérer du stress de la vie quotidienne. À cette période de ma vie, des épreuves difficiles croisaient ma route et s’amusaient à démolir, petit à petit, ma routine, ma sécurité et mon désir de bonheur. Comme beaucoup de romanciers et de romancières, c’est durant une période difficile de ma vie que les premières lignes de texte ont été couchées sur le papier.

Reculons de quelques années… Au travail, le stress et les responsabilités dépassaient depuis longtemps ma capacité à les gérer. Ma santé se détériorait, et ma vie personnelle ressemblait davantage à une interminable liste de choses à coordonner qu’à une expérience agréable. Au fil des épreuves qui se juxtaposaient les unes sur les autres, j’eus un choix à faire. Mon moral était au plus bas et je n’arrivais pas à me sentir heureuse plus de deux minutes chaque jour. C’est alors que m’est venue l’idée d’écrire un roman…

J’avais besoin de m’évader, et c’est ce que j’ai fait. Durant ce passage à vide, j’écrivais sur n’importe quel sujet, l’important étant d’évacuer mes tensions. J’écrivais des bouts de romans sans rester accrochée à une histoire en particulier. Selon les saveurs du moment, je choisissais un thème et je fonçais à travers les lignes. À cette période de ma vie, je n’arrivais pas à trouver mon style, et encore moins le genre qui me colleraient à la peau suffisamment longtemps pour que j’y investisse tout mon temps libre. Avec le recul, je crois avoir fait ce qu’il fallait : j’ai tout essayé! Comme un jeune chef cuisinier, j’ai essayé les mijotés, les grillades, les desserts et les potages. Vous savez, un jour ou l’autre, la spécialité de chacun lui colle à la peau de manière naturelle.

Puis, la lumière a jailli du néant!

Ce matin-là, j’ai découvert mon genre de roman. Aucun dragon. Pas de scènes d’horreur explicites. Pas de drames familiaux intenses et profonds. Aucun jeune sorcier à lunettes.

Il n’était pas question pour moi d’écrire un roman pour me défouler : tout ce que je voulais, tout ce qui me faisait du bien, c’était d’inventer, de créer et de planifier une histoire qui me plongeait chaque fois dans un état d’esprit réparateur et me réconciliait avec la vie.

Comment ai-je réussi cet exploit, moi qui n’avais qu’une formation en comptabilité?

J’ai fait une liste. Celle-ci contenait les choses que j’aimais, mes genres de films préférés, les livres qui m’intéressaient. En voici quelques exemples. Les châteaux forts, le papier parchemin, les prophéties millénaires, les plumes d’oiseaux, les livres anciens, les légendes, les bougies qui coulent sur une vieille table de bois, Leonardo Da Vinci et ses croquis, les passages secrets, les histoires de quêtes et d’aventures. Enfin, vous comprenez le truc. Croyez-moi, j’ai rempli plus de cinq pages! Le lendemain, j’ai relu ma liste… Vous l’aurez compris, j’avais suffisamment de matériel pour écrire un roman!

Au fil du temps, je me suis réconciliée avec la vie. Les choses se sont remises en place d’elles-mêmes comme si le fait de les ignorer les avait forcés à quitter ma vie. Écrire un roman d’aventures était devenu une forme de méditation. Écrire un roman dans lequel l’héroïne découvrait des écrits anciens qui lui étaient destinés depuis des millénaires me connectait à une réalité qui me semblait être la bonne. L’autre réalité, celle dans laquelle je croyais réellement baigner, celle qui m’obligeait à travailler en comptabilité, n’était que stress, angoisse et douleur.

Au moment où j’écris ces lignes, ma saga Nauranéüs a pris son envol. Mon premier roman (Le messager des Ancêtres) est disponible en format imprimé et numérique et a reçu d’excellentes critiques. Le second tome est en écriture et le plan global du troisième est presque terminé. Combien y aura-t-il de tomes? Je m’en fous, je suis heureuse d’écrire un roman ou plutôt devrais-je dire « d’écrire des romans » et seul un départ prématuré de « votre réalité : la vie » pourrait m’empêcher d’écrire.

Lorsqu’un romancier ou une romancière s’enferme dans sa bulle d’imaginaire, est-ce étrange qu’il ou qu’elle préfère un monde inventé de toutes pièces? Selon mon expérience, pas tant que ça. Écrire un roman demande de quitter le monde réel. La réalité des autres devient ainsi un épais brouillard qui se dissipe au contact de la réalité du romancier. De toute manière, qu’est-ce que la réalité?

Extrait de mon roman Nauranéüs le messager des Ancêtres

Étant intrépide à ses heures, Jennifer avança son torse vers l’avant pour ne plus être éblouie par le lampadaire. De près, l’homme semblait mort. Elle devait s’en assurer. Elle se pencha davantage vers lui et elle vit ses yeux. Il la regardait sans sourciller. L’étudiante ne sut pas comment réagir. Les pulsations de son cœur s’accélérèrent. Il l’observait, insistant. Aucun battement de cils n’était perceptible. Un foulard de laine recouvrait son cou et remontait jusqu’à son nez. Son identité, tout comme son état de santé, semblait impossible à établir. Le regard cadavérique de l’homme motiva l’intervention de Jennifer. Elle sortit son téléphone portable pour appeler les urgences. Il choisit ce moment pour cligner des yeux. Elle respira un bon coup pour se remettre de ses émotions.